Le concept de cognition est central en formation. Il est donc essentiel de l’étudier (et de tenter de le comprendre) quand on s’intéresse à l’humain, à la pédagogie et à l’apprentissage.
À noter que c’est un concept qui a assez fortement évolué en un siècle, avec l’émergence des sciences cognitives. On est passé d’une vision centrée sur la pensée et le cerveau humain à une approche interdisciplinaire et dynamique, intégrant des perspectives biologiques, psychologiques, informatiques et même sociales.
Voici les grandes étapes et les courants qui ont marqué cette évolution :
Historiquement, ce sont les philosophes qui ont été les premiers à s’intéresser au sujet. Platon, Aristote et les stoïciens utilisaient déjà des composantes qui sont encore aujourd’hui associées à la cognition : la perception, la mémoire, la représentation, le raisonnement et la prise de décision.
Plus près de nous, Thomas d’Aquin, René Descartes, John Locke et Emmanuel Kant ont fait chacun à leur niveau avancer l’idée de cognition, centrée sur l’homme, plus ou moins logique, faisant appel à la raison et laissant une place importante à l’expérience.
Il faut néanmoins attendre les années 50 pour que les sciences cognitives émergent. Ce qui résulte (en partie) d’une réaction au béhaviorisme dominant du début du 20eme siècle (étude des comportements observables) et à la psychanalyse de Sigmund Freud.
Les sciences cognitives s’inspirent alors de la théorie de l’information (Shannon, Weaver), des modèles computationnels (Turing, von Neumann) et de la linguistique (Chomsky et sa grammaire générative).
La cognition est principalement vue comme un processus de traitement de l’information, assez analogue à ce qui se passe dans un ordinateur. Elle est décomposée en modules spécialisés (langage, mémoire, perception, …).

Apparaissent ensuite les représentations mentales (structure d’informations manipulable). La cognition implique alors l’usage de symboles et de règles (Logic Theorist, Newell & Simon).
En 1967, le psychologue américain d’origine allemande Ulric Neisser (1928-2012) publie « Cognitive Psychology », marquant la naissance officielle des sciences cognitives.
Les années 80 voient l’émergence du connexionnisme qui facilite la compréhension de l’apprentissage et de la plasticité cérébrale. On y parle de réseaux de neurones. Ceux-ci apprennent principalement par la répétition et l’expérience. Le traitement de l’information est parallèle et distribué.
La cognition n’est plus vue comme un ensemble de règles symboliques, mais comme un processus émergent de l’interaction entre des unités simples.
Les modèles connexionnistes expliquent mieux la reconnaissance de formes (ex. : visages, cartes) et l’apprentissage par l’exemple (ex. : réseaux de neurones entraînés sur des images).
Les années 90 sont l’occasion de décentrer la cognition en intégrant le rôle du corps et de l’environnement.
De nouveaux paradigmes voient le jour :
– La cognition incarnée, celle-ci intégrant le corps et les interactions avec l’environnement, à l’image de l’ébéniste qui pense aussi avec ses mains.
– La cognition située, celle-ci dépendant du contexte social et physique. Elle peut d’ailleurs être répartie entre plusieurs agents (homme et machine, par exemple).
– La cognition étendue, celle-ci s’appuyant sur des objets externes (carnet, écran, smartphone, …), à l’image du pilote de ligne aux commandes de son avion.
Avec l’approche dynamique et systémique (années 2000) les sciences cognitives ont intégré des concepts tels que la théorie des systèmes dynamiques (la pensée est un système complexe en constante adaptation) et les neurosciences (l’imagerie cérébrale, la plasticité synaptique).
Aujourd’hui, l’intégration des IA dans notre quotidien apporte tout un lot de questions et de défis :
- Où se trouve la limite entre cognition humaine et cognition artificielle ?
- Comment concilier cognition humaine et IA ? (ex. : biais algorithmiques, autonomie des systèmes).
- Comment les réseaux globaux (Internet, IA) transforment-ils notre façon de penser ?
- Cognition hybride : comment l’IA et les humains peuvent-ils collaborer (ex. : robots, assistants virtuels, implants cérébraux) ?
On constate que le concept de cognition a bien évolué. Ce qui nous amènera (peut-être, certainement) à envisager de revoir des concepts « classiques » comme le sont les capacités et les compétences, ainsi que les modalités d’évaluation.
Nous reviendrons sur ce sujet et sur plusieurs concepts en détail (notamment la cognition incarnée, la cognition située et l’énaction) lors de prochains articles.