Les objectifs pédagogiques en formation

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Sens, ressenti et internalisation : 3 marqueurs qui accompagnent la montée en compétences

Comme indiqué dans un précédent article, la montée en compétences est observable (mesurable et évaluable) aux 3 dominantes qui la composent :

  • la dominante de maitrise,
  • la dominante de transfert,
  • la dominante d’expression.

Il est possible d’ajouter à ces 3 dominantes des marqueurs, en l’occurrence le sens, le ressenti et l’internalisation.

Ces marqueurs permettent d’appréhender certains aspects méconnus ou non pris en compte par le système actuel et les définitions de la notion de compétence.

Le philosophe et pédagogue Daniel Hameline en parle quand il s’exprime sur l’apprentissage et l’importance du vécu par l’apprenant (l’élève en l’occurrence).

Marc Dennery (C-Campus) l’explique très bien (notamment pour le sens et le ressenti) dans un article du 20 juillet 2026, publié sur son blog : « Pour une autre approche de la notion de compétence ».


Le sens, c’est notamment la connaissance et la compréhension de la finalité et des enjeux qui sont derrière la montée en compétences. 

Pour qu’il y ait montée en compétences, il est préférable que l’action « fasse sens » aux yeux de l’apprenant. On ne s’implique en effet durablement et qualitativement que quand on trouve du sens à son travail. Il est donc essentiel d’aborder cet aspect (le sens, la raison, le pourquoi) en formation.

Illustration : lorsqu’un golfeur travaille son swing, il sait (parce qu’on lui a dit) qu’il lui faudra faire et refaire le geste des centaines de fois pour progresser.

Le sens, c’est aussi le sens de la tâche. C’est à dire avoir « l’intelligence de la situation » et être capable d’arbitrer lorsque se présentent devant soi des choix contradictoires ou des alternatives envisageables.


Le ressenti, c’est l’information corporelle et émotionnelle perçue dans l’action. Comme le rappelle Marc Dennery, tout n’est pas cartésien chez l’humain (si le sujet vous intéresse, lisez le livre de Antonio Damasio intitulé « L’erreur de Descartes »). 

On sent et/ou on ressent dans l’action avec son corps. Il suffit de pratiquer un sport ou un travail manuel pendant plusieurs années pour l’expérimenter.

On ressent aussi des émotions (l’étonnement, de la peur, de la joie, …) durant cette même action. Et cette émotion peut nous amener à faire des choix (valides ou non).

Ces ressentis corporels et émotionnels dépassent la simple cognition. En fait, ils sont rarement « mis en mots » et analysés. Souvent, il n’y a même pas tout simplement de mots pour les décrire. Dans le cas de l’émotion, elle peut littéralement « nous prendre aux tripes » et générer des tensions, un blocage ou à l’inverse un surplus d’énergie.

Illustration : quand un skieur descend une pente à grande vitesse, il n’a pas le temps de tout analyser (d’un point de vue cognitif). Il doit par moment se faire confiance et s’appuyer sur son ressenti (et ses réflexes) pour pouvoir réagir à telle ou telle donnée. Il débranche (en quelque sorte) son cerveau un moment et se met en pilotage automatique.

C’est la même chose pour un professionnel en poste : il va s’appuyer sur son ressenti durant la montée en compétences ; et encore plus une fois celle-ci bien avancée. Ce passage en mode « pilotage automatique » est peut-être l’un des premiers indicateurs qui lui montre qu’il est arrivé (ou du moins qu’il pense être arrivé) à un bon niveau de compétences.


L’internalisation, c’est l’intégration aux schèmes (structures d’action) et le passage en mode automatique.

L’action et plus largement la compétence sont progressivement (par la répétition) intégrées par l’apprenant. La compétence devient une routine, elle est régulée automatiquement (de façon non consciente).

C’est une forme d’aboutissement ; le résultat d’un long cheminement qui a permis à l’apprenant d’intégrer (littéralement) le geste métier.

Lors d’une situation nouvelle, il y a alors une compréhension immédiate, sans passage explicite par le raisonnement conscient.

Dans le champ de la compétence, cela signifie « agir vite et pertinemment à partir de schèmes acquis par la répétition et l’expérience ».

L’action s’est automatisée. Plus un apprenant a travaillé un domaine avec de la pratique et du retour sur expérience, et plus il peut reconnaître des situations et décider d’une réponse « au feeling », de façon souvent très efficace. 

C’est typiquement ce que fait dans le monde du sport un joueur de tennis ou dans le monde des services un réceptionniste. Ils n’ont plus besoin de (beaucoup) réfléchir pour agir correctement.

Le psychologue et prix Nobel Daniel Kahneman nous dirait que l’apprenant est passé d’une pensée lente (réfléchie, logique) à une pensée rapide (instinctive, émotionnelle).

Attention, internalisé ne veut pas dire impulsif et sans contrôle. C’est plutôt une forme de réponse intuitive qui s’appuie sur des acquis implicites, car la personne n’énonce pas les raisons de son choix.

Nota : l’action doit rester révisable. La réponse intuitive peut être juste (elle l’est souvent), mais elle peut aussi produire des biais si elle n’est jamais confrontée à l’analyse.


En conclusion : lors de la montée en compétences, le formateur peut (et doit) questionner l’apprenant sur ces 3 marqueurs :

  • Le sens (l’a-t-il réellement ?)
  • Le ressenti (quels sont les ressentis corporels et émotionnels de l’apprenant ?)
  • Le degré d’internalisation (avec un travail autour de la dominante d’expression si l’internalisation est présente)

La compétence (qu’elle soit professionnelle ou transversale) repose parfois sur des schèmes (des structures d’action) qui ont été acquises par la répétition.