Les objectifs pédagogiques en formation

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La montée en compétences, éclairage par les écrits de Daniel Hameline 

Daniel Hameline est un auteur et un pédagogue français très intéressant à étudier parce qu’il s’est intéressé aux objectifs pédagogiques et à l’évaluation qui en découle, mais aussi parce qu’il prolonge plus largement la réflexion sur l’apprentissage, d’autres auteurs de renom tels que G. De Landsheere, R.M. Gagné et E.W. Eisner

Daniel Hameline explique dans son livre intitulé « les objectifs pédagogiques en formation initiale et continue » qu’il y a 3 dominantes qui cohabitent dans tout apprentissage :

  • une dominante de maîtrise,
  • une dominante de transfert,
  • une dominante d’expression. 

Ces 3 dominantes sont toujours présentes, mais à des degrés divers, selon le moment de la formation, la maturité de l’apprenant et l’intention du formateur.


Nota : c’est un sujet que nous avons abordé dans l’article sur l’évaluation de l’apprentissage selon Daniel Hameline.


Aujourd’hui, ce qui nous intéresse, c’est l’idée de la « montée en compétences ».

La montée en compétences peut être comprise, avec Daniel Hameline, comme un processus où l’on fait évoluer un adulte depuis la simple maîtrise d’une tâche jusqu’au moment où il est capable de la transférer à d’autres situations et de s’exprimer sur le sujet de manière singulière et réfléchie. 

Article lié : le concept de compétences


Dominante de maîtrise : sécuriser les fondamentaux

La dominante de maîtrise vise l’acquisition de capacités et de compétences clairement définies et mesurables.  Dans une logique de montée en compétences, elle correspond à la phase où l’on s’assure que la personne « sait et saura faire » de manière fiable, conforme à un référentiel ou à des standards métier.

Concrètement, cela se traduit par :

  • Des objectifs pédagogiques formulés en termes de comportements observables (« être capable de… »), avec des critères de réussite explicites.
  • Des situations d’apprentissage centrées sur l’entraînement, la répétition, la correction d’erreurs, jusqu’à la stabilisation des gestes professionnels, des procédures ou des raisonnements.

En entreprise, la dominante de maîtrise est très visible dans les parcours d’onboarding (intégration des nouveaux salariés), les formations réglementaires, la mise à niveau technique ou procédurale.  Elle marque le « socle » de la montée en compétences : tant que la maîtrise n’est pas suffisante, le transfert et l’expression restent fragiles.


Dominante de transfert : généraliser et adapter selon la situation 

La dominante de transfert concerne la capacité de l’apprenant à appliquer ce qu’il a appris, dans des contextes nouveaux, variés voire même imprévus.  Du point de vue de la montée en compétences, c’est le passage du « savoir faire ici et comme ça » au « savoir agir là, autrement, en fonction de la situation ».

Elle se manifeste par :

  • Des situations d’apprentissage ouvertes : études de cas, simulations, projets, où les règles ne sont plus strictement codifiées et où l’apprenant doit analyser la situation puis choisir et ajuster ses réponses.
  • Une valorisation de la flexibilité cognitive, de la capacité à reconnaître des analogies entre situations, à mobiliser des ressources issues de plusieurs domaines, et à réguler son action face à l’incertitude.

Dans les dispositifs de développement professionnel, la dominante de transfert apparaît fortement dans :

  • Les missions transverses, les rotations de poste, les projets en équipe, tout événement qui oblige à reconfigurer ses compétences dans de nouveaux cadres.
  • L’accompagnement (mentorat, tutorat, retour d’expérience) qui aide à faire le lien entre ce qui a été appris en formation et ce qui se joue dans l’activité réelle.

On peut dire que la montée en compétences se constate véritablement lorsqu’un collaborateur ne se contente plus de reproduire des procédures, mais montre qu’il sait en faire un usage adapté et pertinent dans une diversité de contextes.


Dominante d’expression : conceptualiser et partager le sens

La dominante d’expression renvoie à la capacité des apprenants à exprimer leurs idées, leurs compréhensions, leurs émotions et leur point de vue de manière personnelle et créative.  Elle dépasse la simple performance opératoire : il s’agit de pouvoir dire ce que l’on fait, pourquoi on le fait ainsi, ce qu’on en pense et comment on le relie à d’autres expériences.

Dans une dynamique de montée en compétences, cette dominante permet :

  • La construction d’un positionnement professionnel (qui permette d’argumenter ses actes et réflexions en fonction de son cadre de référence), d’une identité de praticien capable de justifier de ses choix, de discuter de ses pratiques, d’argumenter, d’apporter une contribution originale dans un collectif.
  • La mise en mots et la mise en forme de savoirs tacites, qui deviennent partageables (récits de pratique, retours réflexifs, écrits professionnels, présentations orales, etc.).

Pour Daniel Hameline, cette dominante d’expression participe à former des « apprenants complets », capables non seulement de maîtriser des compétences et de les transférer, mais aussi de s’exprimer sur leur activité de manière authentique et efficace. 

Elle est souvent associée à un temps plus long de maturation, où l’expérience accumulée se transforme en discours, en identité, en style et en éthique de l’action.


Articulation des 3 dominantes : Daniel Hameline insiste sur le fait que les trois dominantes sont indissociables et simultanément présentes dans les situations d’évaluation, mais à des degrés variés. 

Transposé à la montée en compétences (le sujet qui nous intéresse), cela invite à penser les dispositifs non comme une succession rigide (d’abord la maîtrise, puis le transfert, enfin l’expression), mais comme un jeu de pondération évolutif.

Une manière de le planifier pour la formation des adultes :

  • À court terme : une pondération forte sur la maîtrise, avec néanmoins des premières invitations au transfert (variations de tâches, exemples diversifiés) et à l’expression (feedbacks, reformulation de ce qui a été compris).
  • À moyen terme : un accent croissant sur le transfert via des situations complexes, des projets, des missions responsabilisantes, tout en continuant à consolider la maîtrise et en ouvrant des espaces d’expression (bilans d’étape, co-développement, accompagnement réflexif).
  • À long terme : la dominante d’expression prend plus de poids, l’enjeu étant d’élaborer un style professionnel, une éthique, une capacité de contribution stratégique, tandis que le transfert devient quasi intuitif et la maîtrise est intégrée.