
C’est un sujet que nous avons déjà abordé, notamment dans l’article consacré à définir ce qu’est un bon professionnel. Il nous semble important d’y revenir, notamment avec l’importance croissante des ressources numériques, des réseaux sociaux et l’émergence de l’IA.
Voici une définition de l’éthique professionnelle : l’éthique professionnelle désigne l’ensemble des valeurs, principes et critères de jugement qui guident la conduite d’un professionnel dans l’exercice de son métier, afin de déterminer ce qui est acceptable, juste et responsable dans ce contexte particulier.
Elle ne se réduit donc pas à obéir à un code ou à observer une déontologie (un ensemble de bonnes pratiques spécifiques à un métier) : elle suppose une réflexion sur les situations concrètes, les conflits de valeurs et la meilleure décision à prendre selon le contexte.
Exemples de questions qu’un formateur peut (et doit) se poser :
- Honnêteté pédagogique : suis-je transparent sur les objectifs, les méthodes, les limites de la formation et sur ce que je peux réellement promettre aux apprenants et au commanditaire ?
- Loyauté et conflit d’intérêts : comment concilier les attentes du commanditaire, les objectifs pédagogiques et l’intérêt réel des apprenants ?
- Responsabilité : ai-je le courage d’alerter si une demande de l’entreprise est contraire à l’éthique, à la loi ou à la sécurité des personnes ?
- Usage des ressources, des données et de l’IA : est-ce que les supports, évaluations et traces d’apprentissage respectent le droit d’auteur, la vie privée et le consentement des participants ?
- Respect de la personne : est-ce que ma manière de former préserve la dignité, l’autonomie et la singularité de chaque apprenant ?
- Confidentialité : quelles informations sur un apprenant, un groupe ou une situation professionnelle puis-je partager, avec qui, et dans quelles limites ?
- Neutralité : est-ce que je transmets sans jugement de valeur, sans biais et sans instrumentalisation des personnes ?
- Pouvoir et influence : est-ce que j’utilise mon statut de formateur pour imposer, contrôler ou orienter au-delà de ma mission ?
- Frontières du rôle : est-ce que je reste dans la formation, ou est-ce que je ne glisse pas vers le conseil, l’évaluation informelle ou même la psychothérapie ?
- Équité : est-ce que je traite tous les participants avec la même considération, sans aucune discrimination, ni stéréotype ?
L’éthique professionnelle du formateur n’est donc pas seulement une question « d’être humainement et professionnellement correct », mais une manière réfléchie d’agir avec discernement dans des situations où plusieurs valeurs peuvent entrer en tension (loyauté vers le commanditaire / vers les apprenants, droits de chacun, respect de tous, …).
Dans une approche plus opérationnelle, l’éthique professionnelle peut donc être comprise comme une démarche de discernement qui aide le professionnel à arbitrer entre plusieurs options lorsqu’une situation n’a pas de réponse automatique.
En ce sens, l’éthique professionnelle cherche à articuler : responsabilité, compétence, intégrité, respect de soi et d’autrui, droit, analyse, évaluation, jugement et décision.
Pour un formateur, il n’y a pas de comportement type à suivre. Chaque situation est originale et demande une réponse spécifique. Ce qui est important, c’est de se questionner régulièrement et d’être au fait de ses propres valeurs et de celles qui sont spécifiques au métier.
Voici 4 auteurs intéressants à lire sur le sujet :
- Georges Auguste Legault, qui a beaucoup travaillé sur le professionnalisme et la délibération éthique.
- Monique Castillo, que nous avons déjà citée.
- France Jutras, de l’université de Sherbrooke, qui a développé des travaux importants sur la formation à l’éthique professionnelle, en particulier en enseignement.
- Jean-Jacques Nillès et d’autres auteurs cités dans la littérature francophone, qui distinguent souvent morale, éthique et règles de conduite professionnelles.