Les objectifs pédagogiques en formation

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Apprendre, c’est accepter de se mettre en danger 

Cette affirmation peut sembler « excessive », mais en réalité c’est une manière assez juste de décrire ce qui se joue profondément dans tout apprentissage : le changement, l’inconfort, le bouleversement ou la perte de certitudes.


Apprendre implique de quitter sa zone de confort.

Nos connaissances, nos habitudes et nos croyances forment une sorte de « stabilité intérieure ». Quand on apprend quelque chose de réellement nouveau, cette stabilité peut être bousculée : on découvre que ce qu’on pensait vrai ne l’est pas forcément, ou qu’il existe d’autres façons de voir le monde. 

Ce décalage crée une forme d’inconfort, voire de fragilité. C’est un « risque symbolique » : celui de devoir renoncer à une part de ce qui nous rassurait.


Chaque apprentissage vient aussi challenger nos croyances et notre identité.

Nos idées ne sont pas seulement intellectuelles, elles sont aussi liées à notre identité et à une certaine image que nous nous faisons de nous-même.

Remettre en question une croyance, c’est donc parfois toucher à « ce que l’on est », à notre histoire, à notre culture personnelle. Cela peut provoquer des résistances, de la peur, ou même un sentiment de perte.

Apprendre, dans ce sens, demande du courage : celui d’accepter que l’on puisse être imparfait, se tromper, accepter de ne pas savoir, ou reconnaître que l’on a (encore) à évoluer.


Il y a aussi une mise en danger à travers le regard des autres.

Apprendre, c’est parfois se montrer débutant, faire des erreurs, poser des questions qui peuvent sembler naïves. Cela nous expose au jugement, réel ou imaginaire. On touche ici à l’estime et à la confiance en soi.

Reconnaître son ignorance dans un monde qui valorise l’apparence et la pseudo maîtrise peut être âpre, difficile, rugueux, piquant. Pourtant, c’est une étape incontournable pour progresser.


Plus profondément encore, apprendre nous renvoie à notre condition d’être humain : un être inachevé, non abouti, en perpétuelle construction.

Contrairement à une vision figée de l’identité, l’apprentissage nous rappelle que nous ne sommes jamais « arrivés ». Cette idée peut être déstabilisante, car elle implique une forme d’incertitude permanente ou même l’impression de « bâtir sur du sable ».

Mais cette idée est aussi ce qui rend possible le changement, la créativité, le mouvement, la liberté.


Enfin, il y a un paradoxe : c’est précisément parce qu’apprendre comporte un risque que cela a de la valeur.

Sans remise en question, sans inconfort, il n’y a pas de véritable transformation.

Le « danger » n’est pas ici destructeur, il est fécond : il ouvre la possibilité de devenir autre, d’élargir sa compréhension du monde et la compréhension de soi-même (cf. Le travail sur la métacognition).

Apprendre, c’est accepter de se mettre en danger.

Si l’on en revient à l’image de la tornade cognitive qu’est la taxonomie de Bloom révisée, alors apprendre c’est accepter de se lancer dans l’inconnu ; un inconnu sombre, menaçant et turbulent.

Apprendre c’est décider consciemment « d’entrer dans la tornade ».

C’est accepter le danger, les vents violents, la perte de repères. C’est être emporté dans une spirale pédagogique qui peut impressionner. Et c’est parfois être secoué et retomber sur le sol à grande distance de son point de départ, de son confort et de ses croyances.

Oui, apprendre c’est accepter de se mettre en danger.