Suite de l’article 1 consacré aux critiques portant sur la taxonomie de Bloom révisée et à son usage en ingénierie pédagogique.
Deux autres critiques portent sur son origine béhavioriste et son caractère hiérarchique :
- Les racines de la taxonomie se situent dans le courant béhavioriste. Elle serait de fait trop axée sur le formateur et ne prendrait pas assez en compte l’apprenant.
- Le caractère hiérarchique de la taxonomie (une progression sur 6 niveaux) ne correspondrait pas à la réalité de l’apprentissage.
La première critique est fondée … si l’on s’arrête en 1956 à Benjamin Bloom. Mais la taxonomie a été révisée en 2001 par Lorin Andersson et David Krathwohl .
Et cette révision apporte un regard nouveau sur ses racines et sur son usage. Les racines sont dorénavant (aussi) issues du « constructivisme ».
On a déjà abordé ce sujet dans le passé avec un article intitulé Taxonomie de Bloom révisée.
La seconde critique est de son côté justifiée. Notamment si (à l’usage) on ne prend pas un peu de recul sur ses propres pratiques d’apprenant.
Oui, l’apprentissage n’est pas toujours une suite logique où l’apprenant rencontre un savoir (niveau 1 de la taxonomie), le comprend (niveau 2) puis est capable de l’utiliser (niveau 3). C’est (en première lecture) la promesse de la taxonomie…
Dans les faits, il se peut que l’apprenant teste, utilise (mise en œuvre d’un logiciel ou d’un appareil par exemple), avant d’en comprendre les constituants. Et qu’il en mémorise ensuite plus facilement les différents aspects justement parce qu’il a déjà mis en œuvre et compris…
Parfois (bien souvent) il faut donc expérimenter (et se tromper ou observer les limites du résultat) pour mieux comprendre les constituants et les mémoriser.
C’est un aspect qui est justement traité par la taxonomie révisée. L’idée est de (quand c’est opportun) proposer une activité de niveau 3 (appliquer) pour favoriser un objectif de niveau 1 (se rappeler) ou de niveau 2 (comprendre).
On constate donc que la taxonomie n’enferme pas l’apprentissage dans une logique hiérarchique. Elle n’est pas en cause, même si cela reste une taxonomie (donc un classement imparfait).
Le formateur peut (s’il le souhaite) adapter son scénario pédagogique et proposer une pédagogie qui soit au plus proche de la réalité pédagogique et des souhaits de ses apprenants.
Pour conclure :
- La taxonomie a des racines issues des courants béhavioriste et constructiviste. Elle ne peut être résumée à une pédagogie du conditionnement.
- Tout formateur qui utilise la taxonomie de Bloom révisée peut adapter sa pédagogie aux apprenants et à leur apprentissage. Il n’y a pas d’obligation à suivre une logique hiérarchique de l’apprentissage.
Ressources (Articles en langue anglaise) sur le sujet :
« Here’s What’s Wrong With Bloom’s Taxonomy »
